René Roche.

Publié le par Qui-a

EN SOUVENIR DE RENE ROCHE

Mort pour la France

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 René Antoine ROCHE est né le 2 janvier 1915 à Saint- Germain- les- Vergnes, département de la Corrèze, premier enfant de parents agriculteurs. Son père, Jean Roche est mort pour La France le 16 novembre 1914 à Saint Léonard dans la Marne .

Scolarisé à Chanteix, il poursuit ses études au collège à Egletons (19) puis entre, en septembre 1932, à l'Ecole Normale d'instituteurs de Montbrison ,département de la Loire alors "déficitaire", promotion 32-35 où il retrouve François Roussel, corrézien lui aussi .

 

Parmi les "normaliens" de cette promo, Marius Bailly, écrivain régional, décédé il y a quelques années, a retracé ces années d'EN dans un de ses ouvrages intitulé "Le Belet" :il y parle, entre autre, de ses bons amis, dont René Roche affublé du sobriquet de "Le Pec" comme le voulait la coutume.

 

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 Ecole Normale de Montbrison  

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  La promo:René Roche debout, 6e en partantde la gauche

 

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  Les copains de la promo: René Roche, debout2e en partant de la gauche

 

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 Quelques camarades de promo témoignent de la simplicité, de la discrétion, de la bonne humeur, de la générosité de ce jeune futur enseignant.


Il débute dans l'enseignement à St Romain d'Urfé ,puis est nommé instituteur à Champoly en 1938 au retour du service militaire, service qu'il a effectué du 15 octobre 1936 au 15 octobre 1938 à l'école militaire de Billon (63)Il est nommé caporal le 16 avril 1937.

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Mais, dès 1938, les prétentions territoriales de Hitler font planer des menaces sur les états voisins . Il est rappelé le 21 mars 1939 : affecté au 92e régiment d'infanterie de Clermont- Ferrand ,il participe à une campagne contre l'Allemagne du 2 septembre 1939 au 25 juin 1940. Il est nommé caporal-chef le 20 décembre 1939

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Rappel: 1eseptembre 1939: l'Allemagne envahit la Pologne; le 3 septembre, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne.

 

      Il est affecté le 5 juin 1940 au 138e régiment d'infanterie , 1e bataillon, 1e compagnie. Lors des opérations de la Marne à la Vienne auxquelles il a participé du 10 au 25 juin 1940 il lui a été décerné La Croix de Guerre avec étoile de bronze pour, selon son livret militaire, avoir "fait preuve d'endurance, de discipline et de mépris du danger". Il a été démobilisé le 27juillet 1940 à Chabanais (Charente)et a repris son poste d'enseignant à Champoly.

 

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Ecole de St Romain d'Urfé en 1937

 

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Dans sa classe à Champoly

 

Entré en résistance, il a collaboré avec M. Paul Frédric à Saint- Alban-les- Eaux, Alice Arteil de St Just- en- Chevalet et les M.U.R.( Mouvements Unis de Résistance) du Roannais dont le chef était Elie Vieux, sous-préfet, fondateur et président du Comité de Libération clandestin .

Il a également rencontré M. Brigandet-Hoche, dit "Paul" ,nom de guerre" Désiré", grande figure de la résistance dans la région: la rencontre a eu lieu à St Jean-la Vêtre chez M. Pujol, instituteur, lui-même résistant.

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M.Pujol assis et René Roche

 Une anecdote: étant secrétaire de mairie, ce dernier se débrouillait pour soustraire au contrôle, des cartes d'alimentation qu'il remettait aux maquisards.

 

      Notre père établissait de faux papiers pour les jeunes réfractaires au travail en Allemagne à l'aide de cartes fournies par M.Petit, le percepteur de Noirétable et de tampons fournis par Alice Arteil.( M. Dubien de Noirétable faisait l'agent de liaison entre tous).


Il a été arrêté sur dénonciation le 22 avril 1944 à l'école de Champoly où il vivait avec notre maman Marcelle, née Girard, et nous deux:Yvette, née le 21 novembre 1941 et Elyse, née le 18 janvier 1944.

 

 

Une anecdote contée par Mme Pujol: "notre papa aurait appris par le percepteur de Noirétable qu'un membre du réseau allait être arrêté le lendemain. En vélo, il partit avertir M. et Mme Pujol, les trouvât à St Julien-la-Vêtre où ils s'apprêtaient à assister à un enterrement et leur conseilla de cacher tous les papiers compromettants , ce qu'ils firent dans un endroit pour le moins insolite "un trou creusé dans le clapier des lapins sous le fumier"

 

Funeste présage: le lendemain, l'école de Champoly était cernée: c'est notre père que l'on arrêtait!

Au cours de son arrestation, les gendarmes de St Just- en- Chevalet l'auraient volontairement laissé seul, lui laissant ainsi une chance de s'évader, chance qu'il aurait refusée par crainte de représailles sur sa famille. Il a été interné, dans un premier temps, à la caserne Grouchy à Saint-Etienne, sous le n° 47, du 26 avril au 21 mai. Pour avertir sa famille de son lieu de détention, il écrivit alors un petit mot au crayon qu'il jeta sans doute dans la rue ,sur lequel il précisait le nom et l'adresse du destinataire ( en l'occurrence, M. et Mme Crozet, oncle et tante demeurant à Champoly) en comptant sur le bon vouloir d'un passant. Ce courrier arriva à destination: merci à cet anonyme compatissant.

 

Quelques jours après son arrestation, la Gestapo se rendit chez notre grand-mère , place de l'église, y trouva notre maman et la conduisit , mitraillette pointée dans le dos, jusqu'à son domicile à l'école où tout l'appartement fut fouillé en vain. Ils cherchaient, en fait, le tampon ayant servi à l'établissement de faux-papiers et retournèrent interroger notre grand-mère . Par chance, notre père lui avait indiqué avoir enfoui " quelque chose" dans le jardin près des nouveaux semis et c'est, munis de pioches, que les allemands mirent à jour ce tampon et exprimèrent leur satisfaction. Après quoi, notre famille ne fût plus inquiétée.


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Notre maman avec Elyse sur les bras et Yvette

(une photo qui lui a été envoyée en détention.)

 

Notre père fut ensuite transféré le 22 mai à la prison Saint-Paul à Lyon, bâtiment D, cellule 42. Considéré comme détenu politique, il a partagé sa cellule avec l'ancien brigadier de Noirétable dont il parle dans ses lettres sans en préciser le nom. Il écrivit ensuite régulièrement à notre mère :il mentionnait très succinctement les interrogatoires qu'il subissait sans en préciser l'importance, ceci, pour , sans doute, ne pas inquiéter davantage ses proches .Lors de ces interrogatoires, il avait constaté que ses tortionnaires étaient bien renseignés sur ses activités, contrairement à sa famille qui les ignoraient jusqu'à son arrestation.

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      "il y croyait!" (photocopie de sa lettre du 3 mai)

 

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 A la prison St Paul, ils se retrouvèrent plusieurs de la région de Noirétable. Sur la lettre du 26 juin ( l'avant-dernière!) il dit, non sans humour" la station climatique de Noirétable bat son plein ici, heureusement, nous sommes quelques bons amis…à côté les uns des autres"

 

 

      La dernière lettre reçue par notre maman est datée du 26-27 juin ,après ….plus rien: transfert dans un wagon de voyageurs , M. Petitbout de Noirétable a partagé ce trajet jusqu'à Dachau où ils furent séparés.

 

Une anecdote: sans nouvelles de leurs maris, Mme Petitbout et notre maman consultèrent une voyante qui annonça à Mme Petitbout " votre mari ne reviendra pas" et , à notre mère" le vôtre reviendra"……et l'inverse se produisit.

D'après des renseignements obtenus par " L'Associationde Flossenburg" de nombreuses années après, il serait parti de Dachau le 21 juillet 1944 et arrivé au camp de Leitmeritz en Tchécoslovaquie le 25 juillet sous le n° matricule 13.823. Le camp de Leitméritz dépendait de Flossenburg et était un des plus grands et des plus sinistres , qualifié d' "usine de la mort" où les détenus mouraient d'épuisement, du typhus ou d'accidents dans les mines (forages de tunnels, usines souterraines..)Le Fuhrer disposait ainsi d'une main- d'œuvre gratuite pour intensifier la production de guerre et satisfaire sa mégalomanie (renseignements trouvés sur internet)

Il y est décédé le 25 novembre1944.Les morts du camp de Leitmeritz ont été, soit incinérés au four crématoire du camp, soit au Kommando Richard puis enterrés dans des fosses communes; une seule a été mise à jour.

 

Le maire de Champoly, M. Savatier, fut informé du décès le 11 janvier1945 avec le devoir de l'annoncer à la famille! L'avis officiel parvint en mairie le 8 avril.

      Un hommage lui fut rendu le 30 septembre 1945 devant le monument aux morts , place de l'église.

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La plaque au monument aux morts                                   30 septembre 1945 :hommage

 

      Le 8 juin 1967, ses camarades de l'école normale, promo 32-35,le conseil municipal de Champoly, ses amis et anciens élèves , les enseignants ainsi que quelques membres de sa famille, lui rendirent un ultime hommage: une plaque apposée dans la classe où il exerça témoigne de cette reconnaissance.

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Hommage du 8 juin 1967,plaque apposéedans sa classe à Champoly

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      Yvette et Elyse, ses filles, ont reconstitué cette période tragique de leur passé et remercient les personnes qui les ont aidées .

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Malgré les documents officiels en leur possession, beaucoup d'informations complémentaires leur ont été délivrées oralement avec, peut-être, quelques erreurs! Si, par hasard, quelque lecteur avait des précisions à apporter, des faits complémentaires à leur faire connaître, merci de les contacter par l'intermédiaire du Cercle ou via:

azar.over-blog.net

 

Merci à cette association de leur avoir permis de révéler ces faits toujours douloureux mais qui méritent d'être portés à la connaissance des générations nouvelles.

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Cet article à été publié dans revue LE BULLETIN DU CERCLE n° 26, Octobre 2011.

 

 

 

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